contes de la bécasse résumé de chaque chapitre

lacuisine de la ferme se trouvait pleine chaque jour. Tantôt on posait sur la table, devant son assiette où il commençait à puiser le bouillon, quelque chat ou quelque chien. La bête avec son instinct flairait l'infirmité de l'homme et, tout doucement, s'approchait, mangeait sans bruit, lapant avec délicatesse ; et quand un clapotis de langue un peu bruyant avait éveillé l'attention Lerésumé: Pour redonner des couleurs à sa poupée de cire, Sophie la fait fondre au soleil. Elle veut jouer avec les poissons rouges voilà qu'elle les tue. Et lorsqu'elle essaie d'être bonne, en offrant à ses cousins un thé fait avec de la craie et l'eau du chien, elle se fait encore punir ! Sa maman a beau dire, Sophie n'est pas méchante. En vérité, elle n'a que des malheurs. Résumé: M.Mathieu d’Endolin avait une propriété dans le faubourg de Corneil qu’il habitait durant la guerre. A côté il avait une voisine folle, qui des que on la levait criait à la mort (elle avait perdus en un moi son mari son père et son bébé). Un jour, les Prussiens sont arrivés (17 chez M.Mathieu d’Endolin et 12 chez la folle). CONTESDU CHAT PERCHÉ est un recueil de contes de Marcel Aymé (1902-1967), publié à Paris chez Gallimard en 1939.Résumé Delphine et Marinette vivent à la campagne, dans une ferme où les animaux parlent. Bien d’autres merveilles se produisent encore: en se passant la patte sous l’oreille, le chat fait pleuvoir au grand dam des parents cultivateurs! Par suggestion, les Vénérable Re: 4ème, je rame ! Plein de questions par LM Mer 11 Juil 2012 - 21:15. Voici ce que j'ai fait cette année: 1/ Epistolaire GT (il faut que je change, je m'étais inspirée du TDL mais ça n'a pas fonctionné) 2/ Théâtre L'Avare de Molière OI + film avec Louis de Funès. 3/ Jeannot et Colin pour la critique sociale et le XVIIIe. nonton film the haunting of hill house. Chroniques martiennes - Ray Bradbury Chroniques martiennes, Ray Bradbury – Les livres que je lis Chroniques martiennes - Ray BRADBURY - Fiche livre - Critiques - Adaptations - nooSFere Lisez Chroniques martiennes de Ray Bradbury Analyse de l’oeuvre de Michel Dyer et lePetitLitteraire en ligne Livres Chroniques martiennes - Ray Bradbury - Babelio Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Chroniques martiennes - Ray Bradbury Chroniques martiennes - Ray BRADBURY - Fiche livre - Critiques - Adaptations - nooSFere Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit - Chroniques martiennes - Bradbury, Ray, Chambon, Jacques, Robillot, Henri - Livres Chroniques Martiennes. Au temps des Martiens et des fusées by Nicolas Winter Juste un mot - Chroniques martiennes - Bradbury, Ray, Chambon, Jacques, Robillot, Henri - Livres Chroniques Martiennes – Ray Bradbury – Blog-O-Livre Chroniques martiennes / Ray Bradbury - Les pipelettes en parlent… Chroniques Martiennes. Au temps des Martiens et des fusées by Nicolas Winter Juste un mot Chroniques martiennes - Ray BRADBURY - Fiche livre - Critiques - Adaptations - nooSFere Bradbury, Ray - Les Chroniques Martiennes PDF La nature Chroniques martiennes - Ray BRADBURY - Fiche livre - Critiques - Adaptations - nooSFere Ray Bradbury, Chroniques martiennes Chroniques martiennes - Ray BRADBURY - Fiche livre - Critiques - Adaptations - nooSFere Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Romans Chroniques Martiennes - Chroniques martiennes" de Ray Bradbury - Le Capharnaüm Éclairé Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Chroniques Martiennes by Pierre TOMAS Chroniques martiennes / Ray Bradbury - Les pipelettes en parlent… Chroniques martiennes", Ray Bradbury. Chapitre 4. Août 2030 Les hommes de la Terre - YouTube Fahrenheit 451 Ray Bradbury Analyse complète du livre - Chroniques martiennes - Ray Bradbury - Babelio Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Chroniques Martiennes Wiki Littérature Fandom Chroniques Martiennes. Au temps des Martiens et des fusées by Nicolas Winter Juste un mot Fahrenheit 451 — Wikipédia Livre Chroniques martiennes, Ray Bradbury, Denoël, Lunes d’encre, 9782207158708 - Les Chroniques Martiennes - Fiche de lecture - Emile Frayssinet Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Chroniques martiennes", Ray Bradbury. Chapitre 6. Avril 2031. La troisième expédition - YouTube Fahrenheit 451 - broché - Ray Bradbury - Achat Livre fnac Lisez Chroniques martiennes de Ray Bradbury Analyse de l’oeuvre de Michel Dyer et lePetitLitteraire en ligne Livres Chroniques martiennes", Ray Bradbury. Chapitre 2. Février 2030 Ylla - YouTube Untitled Chroniques martiennes - Ray Bradbury - Babelio Ray Chroniques martiennes L’homme illustré - Ray Bradbury Chroniques martiennes de Ray Bradbury Analyse de l’oeuvre Comprendre la littérature avec - broché - Michel Dyer, - Achat Livre fnac Chroniques martiennes - film 1979 - AlloCiné Viendront de douces pluies, de Ray Bradbury - YouTube Ray Chroniques martiennes Chroniques martiennes - Ray BRADBURY - Fiche livre - Critiques - Adaptations - nooSFere /868891-chronique Chroniques Martiennes, de Ray Bradbury - Les aventuriers de l’imaginaire Chroniques martiennes Livre audio Ray Bradbury Les Amis de La Comédie Humaine - Posts Facebook Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Fahrenheit 451 - Ray Bradbury analyse critique thèmes extraits citations Lisez Chroniques martiennes de Ray Bradbury Analyse de l’oeuvre de Michel Dyer et lePetitLitteraire en ligne Livres Chroniques martiennes – Ma Lecturothèque Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse… Chroniques martiennes livre audio 6 nouvelles, Ray Bradbury, Livres, Lisez Le Parfum de Patrick Süskind Fiche de lecture de et Vincent Jooris en ligne Livres Fiche prof résumé du roman de Christian Grenier, Virus LIV3 ou la mort des livres - Cours - Clem5 Chroniques martiennes – Ma Lecturothèque Ray Chroniques martiennes Fahrenheit 451 - Ray Bradbury analyse critique thèmes extraits citations PDF Télécharger le dragon de ray bradbury wikipedia Gratuit PDF Calaméo - Farenheit 451 - Ray Bradbury Le Dragon de Ray Bradbury - Fiche de lecture - fl54 Remarques explicatives Chroniques Martiennes, de Ray Bradbury - Les aventuriers de l’imaginaire Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Cycle de Mars — Wikipédia Les Oubliés de Vulcain - Livre de Poche Jeunesse Ray Chroniques martiennes Les Chroniques Martiennes [Ebooks, Pdf, Epub, Livres] Chroniques martiennes - Le blog de Mais à part ça tout va très bien - Ray Bradbury - Babelio La vie page à page… Chroniques martiennes, de Ray Bradbury Librairie Mollat Bordeaux - Collection - Présence du futur Ceux qui sauront by Pierre Bordage Mars et SF Nouvelles en Français Chroniques martiennes - Ray Bradbury - Babelio Les Chroniques de Spiderwick - Cdiscount Librairie Romans Chroniques Martiennes - Celui qui attend et autres Nouvelles - Ray Bradbury - Babelio Chroniques martiennes, de Ray Bradbury - Lorhkan et les mauvais genresLorhkan et les mauvais genres chroniques martiennes - Edition originale - AbeBooks Histoire des martiens dans la littérature française, et plus spécialement dans la période 1850-1965 SF Chroniques Martiennes – Ray Bradbury – Les Lectures de Xapur Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Mars et SF Nouvelles en Français Les Chroniques Martiennes - Fiche de lecture - Emile Frayssinet Sang mentir / Pierre Bordage & Anelise Jousset - Détail Collection France Loisirs Poche - France Loisirs Bradbury. Ray. Chroniques martiennes. Fiche pédagogique - PDF Téléchargement Gratuit Le jeune Candide, dont le nom traduit à la fois la naïveté et la crédulité vit dans le "meilleur des mondes possibles" chez son oncle, le baron de naturel, Candide mène une existence heureuse dans cet univers idyllique Le baron et la baronne de Thunder-ten-Tronckh possèdent en effet "le plus beau des châteaux". Candide est ébloui par la puissance de son oncle, et par les sophismes lénifiants du docteur Pangloss, le précepteur. Il admire également Cunégonde, la fille du baron. Tout bascule le jour des premiers ébats de Candide et de Cunégonde. La réaction du baron est brutale, Candide est banni et chassé de cet Eden. Il se retrouve dans "le vaste monde".Candide est pris dans une tempête de neige et connaît la faim et le froid. Il est enrôlé de force comme soldat de l'armée bulgare. I prend la fuite. Capturé, il est condamné à recevoir quatre mille coups de bâton. Il échappe de justesse à la mort. Il assiste alors à la guerre et à ses massacres c'est "une boucherie héroïque". Candide déserte et fuit jusqu'en Hollande. Il y découvre l'intolérance, et notamment l'hypocrisie sectaire d'un prédicateur huguenot. Il retrouve Pangloss rongé par la vérole. Son ancien précepteur a des allures de gueux. Il lui apprend que le beau château du baron Thunder-ten-Tronckh a été détruit et que Cunégonde a été violée et éventrée par les soldats bulgares. L'armée bulgare a également tué le baron, la baronne et leur fils. Candide et Pangloss sont recueillis et embauchés par Jacques, un bon anabaptiste qui les emmène au Portugal où le réclame son commerce. Hélas, au large de Lisbonne, leur navire connaît une horrible tempête. Le bateau du généreux négociant est englouti et ce dernier périt dans le naufrage. Candide et Pangloss en réchappent par miracle. Dès leur arrivée à Lisbonne, se produit un épouvantable tremblement de terre. Candide et Pangloss participent eux opérations de sauvetage, mais nos deux héros sont arrêtés pour propos subversifs et déférés à l'Inquisition. Pangloss est pendu et Candide flagellé. Une vieille dame le soigne et le mène de nuit dans une maison isolée. Il est présenté à une superbe femme Cunégonde. Elle lui confirme qu'elle a été violée et éventrée, et que c'est par miracle qu'elle est encore en vie "on ne meurt pas toujours de ces deux accidents". Cunégonde est devenue à la fois la maîtresse de Don Issachar, un banquier juif et du grand inquisiteur de Lisbonne. Menacé par ses deux rivaux, "le doux Candide", parvient à les tuer. Candide, Cunégonde et la vieille dame s'enfuient alors en direction de Cadix. Ils arrivent à Cadix au moment où un bateau s'apprête à partir en Amérique latine. Son équipage est chargé d'aller y combattre la rébellion qui règne contre les rois d'Espagne et du Portugal. Candide parvient à se faire engager. Il embarque avec Cunégonde, la vieille dame et deux valets. Lors de la traversée, la vieille dame raconte son aventure. Fille d'un pape et d'une princesse, elle a grandi " en beauté, en grâces, en talents, au milieu des plaisirs, des respects et des espérances..." Puis elle a connu une suite épouvantable de malheurs l'empoisonnement de son fiancé, l'enlèvement de sa mère, sa vente à des marchands d'esclaves. Elle s'est retrouvée prisonnière dans un fort, puis elle est devenue l'esclave d'un seigneur moscovite qui l'a batttue. Elle finira par devenir la servante de Don Issachar qui la met à disposition de Cunégonde à qui elle se à ce récit, la vieille dame demande aux autres passagers de raconter leur histoire. Les récits s'enchaînent, plus noirs les uns que les autres. Candide commence à prendre conscience que le mal existe sur cette peine arrivés à Buenos Aires, Candide et Cunégonde sont à nouveau séparés. La vielle dame conseille en effet à Cunégonde de rester auprès du gouverneur qui s'est épris d'elle et à Candide de fuir l'Inquisition qui a retrouvé sa trace. Candide part avec son valet Cacambo se réfugier chez les jésuites du Paraguay. Ils y retrouvent le frère de Cunégonde, lui aussi miraculeusement rescapé. Le baron évoque son miracle Alors qu'on allait l'enterrer, le battement de sa paupière l'a sauvé. On l'a soigné et guéri. Sa beauté, fort appréciée, lui a valu une grande fortune. Mais le jeune baron refuse qu'un bâtard puisse épouser sa sœur et frappe Candide du plat de son épée. Celui-ci se défend et le tue d'un coup d' et Cacambo reprennent la fuite et se retrouvent dans un pays inconnu. Il sont faits prisonniers par les indigènes et sont à deux doigts d'être mangés. Ils ne doivent leur salut qu'à la verve et à l'habileté de Cacambo. Ils sont se dirigent alors vers Cayenne, à la recherche de la colonie française. Ils souffrent de la faim. Un jour, ils découvrent un canot sur une rivière. Ils montent à bord et se laissent porter par le courant. Le canot emprunte une voûte secrète. Candide et Cacambo se retrouvent sous terre, dans une magnifique contrée, l'Eldorado, "le pays où tout va bien" un pays où les repas sont délicieux, les mœurs pacifiques, la population heureuse , la religion tolérante et le souverain humaniste. Mais nos héros sont trop vaniteux pour se satisfaire de cet univers idéal. Ils souhaitent revenir en Europe avec l'espoir d'éblouir Cunégonde et le monde entier de leur récit et de leur richesse. Le souverain du royaume en effet les laisse partir avec cent moutons chargés de nourriture, de pierres précieuses et d'or. Il les met aussi en garde le bonheur ne se trouve ni dans les pierres précieuses ni dans l' et Cacambo retrouvent le monde. Pendant plus de trois mois, ils marchent dans les marais, les déserts et au bord des précipices. Leurs moutons meurent les uns après les autres. Lorsqu'ils arrivent à Surinam, ils n'ont plus que deux moutons. Ils rencontrent alors un esclave noir atrocement mutilé. Ceci révolte Candide et l'amène à donner une autre définition de l'optimisme " la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal".Nos deux héros se séparent Candide envoie Cacambo racheter Cunégonde au gouverneur de Buenos Aires , tandis qu'il ira l'attendre à Venise. Mais Candide se fait duper et voler par un marchand qui lui prend ses deux derniers moutons et s'embarque pour Venise sans l'attendre. Il parvient finalement à trouver un vaisseau en partance pour Bordeaux et s'embarque en compagnie d'un pauvre savant persécuté à qui il paye son voyage. Il a l'espoir que ce compagnon puisse le "désennuyer" durant le le bateau qui les emmène à Bordeaux Candide et Martin, le savant discutent du bien et du mal et de la nature de l'homme. Martin lui indique qu'il est convaincu de la prédominance du Mal sur le Bien . Et comme pour illustrer son propos, ils assistent un combat entre un navire espagnol et un vaisseau hollandais . Ce dernier coule et une centaine d'hommes se noient. Ce combat est pour Martin l'illustration des rapports humains de la façon dont " les hommes se traitent les uns les autres."Après son arrivée à Bordeaux, Candide préfère se rendre à Paris qu'à Venise. Il n'y connaît qu'amertume et déception un abbé retors et de fausses marquises et une fausse Cunégonde qui se révèlent être de vraies voleuses . Il se fait même injustement arrêter et ne parvient à s'enfuir qu'en soudoyant un officier de embarque alors en compagnie de Martin pour l'Angleterre. Il assiste à l'exécution d'un amiral condamné pour " n'avoir pas fait tuer assez de monde." Finalement, il refuse de débarquer en Angleterre et demande au capitaine du bateau de l'emmener directement à Venise, il ne retrouve ni Cacambo, ni Cunégonde mais tombe sur Paquette, l'ancienne suivante de la Baronne de Thunder-ten-Tronckh. Elle vit en compagnie d'un moine, Giroflée. Ses confidences et celles du moine font apparaître à Candide des misères cachées. Candide décide alors de rendre visite au seigneur Pococurante qui a la réputation de n'avoir jamais eu de jeune héros s'émerveille de l'univers et de la personnalité de son hôte. Pourtant celui-ci évoque a demi-mot le dégoût et la lassitude du blasé. Candide ressort pourtant de cet entretien avec l'impression que le seigneur Pococurante est "le plus heureux de tous les hommes", car affranchi des biens matériels. Martin, lui, est plus pessimiste, il estime que ce seigneur est écœuré de tout ce qu'il milieu d'un souper de carnaval, alors que Candide dîne avec six malheureux anciens rois qui ont perdu leur royaume, il retrouve Cacambo qui est devenu esclave. Il lui apprend que Cunégonde l'attend sur les bords de la Propontide, près de Constantinople. Elle aussi est devenue esclave et est devenue très laide. Candide se rend à Constantinople . Sur la galère, il croit reconnaître parmi les galériens le docteur Pangloss et le jeune baron tous deux mal tués. Il les rachète au capitaine du deux anciens galériens racontent leurs aventures, mais le récit de leur malheurs ne perturbe pas Candide qui est toujours convaincu que " tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes."Candide retrouve Cunégonde, et il est saisi d'horreur à la vue de cette femme hideuse et défigurée. Il la rachète ainsi que la vieille femme. Il ne l'aime plus, mais l'épouse " par bonté" malgré le refus répété de son se débarrasse du jeune baron en le renvoyant aux galères . il achète avec ses derniers diamants une modeste métairie où viennent se réfugier Paquette , le frère Giroflée, Pangloss, Martin, Cunégonde et Candide. Un sage vieillard leur conseille le travail qui "éloigne de nous trois grand maux, l'ennui , le vice et le besoin".Candide en arrive à cette conclusion qui recueille l'assentiment de tous ses compagnons " il faut cultiver son jardin."Quelques Citations de CandidePangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles. Les malheurs particuliers font le bien général; de sorte que plus il y a de malheurs particuliers et plus tout est bien. Tout est bien, tout va bien, tout va le mieux qu'il soit possible Je n'ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux l'ennui, le vice, et le besoin. " Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c'est le seul moyen de rendre la vie supportable. Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pâtissière ; Paquette broda; la vieille eut soin du linge. Il n'y eut pas jusqu'à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait quelquefois à Candide " Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n'aviez pas été chassé d'un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l'amour de Mlle Cunégonde, si vous n'aviez pas été mis à l'Inquisition, si vous n'aviez pas couru l'Amérique à pied, si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au baron, si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. - Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin Table des matières 1. L’auteur et son œuvre Brève biographie Place de l’ouvrage dans la vie de l’auteur 2. Résumé de l’ouvrage Plan de l’ouvrage Principales étapes du raisonnement et principales conclusions 3. Commentaires critiques Avis d’autres auteurs sur l’ouvrage Avis de l’auteur de la fiche 4. Bibliographie de l’auteur 5. Références Le quai de Ouistreham Cette fiche de lecture a é t é r é alis é e dans le cadre du cours Histoire de la critique » donn é par È ve Chiapello et Ludovic Fran ç ois au sein de la Majeure Alternative Management, sp é cialit é de troisi è me ann é e du programme Grande É cole d ’ HEC Paris. [Éditions de l’olivier],2010 Résumé En 2009, Florence Aubenas, journaliste et écrivain, décide de partir pour Caen, où elle s’inscrit au chômage et s’invente un passé de femme au foyer avec pour seul bagage un bac littéraire, afin de vivre la crise de l’intérieur ». Dans ce livre, elle nous raconte sa quête d’un emploi stable, ses expériences en tant que femme de ménage, ses rencontres. Mots-clés Chômage, Crise, Précarité A platform of Ouistreham This review was presented in the “ Histoire de la critique ” course of È ve Chiapello and Ludovic Fran ç ois. This course is part of the “ Alternative Management ” specialization of the third-year HEC Paris business school program. [Editions de l’olivier],2010 Abstract In 2009, Florence Aubenas, journalist and writer, goes to Caen, where she registers as an unemployed person at Pôle Emploi, the French national agency for employment, with the aim of understanding the crisis from an insider perspective. In this book, she relates her job search, her experiences as a cleaning lady, and the story of the people she met. Key words Unemployment, Economic crisis, Job precariousness Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif Les documents de l'Observatoire du Management Alternatif sont publiés sous licence Creative Commons pour promouvoir l'égalité de partage des ressources intellectuelles et le libre accès aux connaissances. L'exactitude, la fiabilité et la validité des renseignements ou opinions diffusés par l'Observatoire du Management Alternatif relèvent de la responsabilité exclusive de leurs auteurs. 1. L’auteur et son œuvre Brève biographie Florence Aubenas est née en 1961 à Bruxelles. Elle a été pendant vingt ans journaliste à Libération, puis a rejoint le Nouvel Observateur en 2006. En tant que Grand Reporter, elle a travaillé au Kosovo, au Rwanda, en Afghanistan et en Irak, où elle a été retenue comme otage pendant plusieurs mois. Elle a également couvert de nombreux procès en France, dont le procès d’Outreau, où elle a été l’une des premières à éprouver des doutes sur la culpabilité des accusés. Aujourd’hui, elle est présidente de l’Observatoire international des prisons. Place de l’ouvrage dans la vie de l’auteur Ce livre a été écrit dans le contexte du début de crise économique en 2009. Florence Aubenas a pris un congé sabbatique, sans en révéler la véritable raison à son employeur, afin de se plonger anonymement dans le monde des travailleurs précaires à Caen. Il s’agit donc d’un ouvrage journalistique, de 238 pages, structuré en 20 chapitres, retraçant chacun un événement marquant du séjour de Florence Aubenas à Caen. 2. Résumé de l’ouvrage Plan de l’ouvrage Chapitre 1 le fond de la casserole Chapitre 2 l’abattage Chapitre 3 un déjeuner Chapitre 4 la bête Chapitre 5 la bonne Chapitre 6 l’annonce Chapitre 7 les toilettes Chapitre 8 les dents Chapitre 9 le cheval blanc Chapitre 10 le syndicat Chapitre 11 le pot d’adieu Chapitre 12 le rayon barbecue Chapitre 13 les passions Chapitre 14 la bande des crétines Chapitre 15 le pique-nique Chapitre 16 la toile d’araignée Chapitre 17 le train de l’emploi Chapitre 18 la ZAC Chapitre 19 Mimi Chapitre 20 le CDI Principales étapes du raisonnement et principales conclusions Florence Aubenas arrive à Caen en février 2009. Elle y restera six mois, jusqu’à ce qu’elle parvienne à obtenir une offre de contrat à durée indéterminée. Elle se fait passer pour une femme divorcée à la recherche d’un emploi, n’ayant jamais travaillé, ayant pour unique qualification un baccalauréat littéraire. A Pôle Emploi, on lui conseille de devenir femme de ménage. Après des premiers temps de recherche infructueuse, elle parvient à obtenir plusieurs contrats courts et précaires, sur le ferry du quai de Ouistreham notamment, considéré comme le pire endroit » où travailler par les travailleurs précaires et les demandeurs d’emploi. Florence Aubenas relate dans ce livre ce qu’elle a observé et vécu durant cette immersion dans la précarité ; elle nous décrit le quotidien des travailleurs précaires, et plus particulièrement des femmes de ménages, des demandeurs d’emploi, mais aussi des salariés de Pôle Emploi, et bien d’autres encore. La recherche d ’ emploi Dans le cadre de sa recherche d’emploi, la journaliste nous fait part de ses observations concernant Pôle Emploi, la dégradation du service, la politique du chiffre, le mal-être des salariés. Elle nous explique par exemple que les employés parlent d’ abattage » au sujet du temps et de l’attention consacrés aux demandeurs d’emploi, que la Direction leur parle en ces termes Vous n ’ê tes plus l à pour faire du social, cette é poque est finie. Il faut du chiffre. Apprenez à appeler client » le demandeur d ’ emploi ». La journaliste assiste aussi à des situations parfois absurdes. Par exemple, un demandeur d’emploi n’ayant plus de téléphone, qui a fait la queue au guichet pour demander un rendezvous, se voit répondre qu’il doit aller utiliser les téléphones du fond de l’agence, les rendezvous ne pouvant dorénavant se prendre que par téléphone, et qu’il faudra peut-être qu’il attende plusieurs heures car la ligne est saturée. Florence Aubenas mentionne aussi la manipulation des chiffres, avec toutes sortes de réunions d’information et de fausses » formations, destinées à radier les demandeurs d’emploi convoqués qui ne s’y rendraient pas. Il n’y a quasiment jamais de propositions de contrat à durée indéterminée, ou de salaires supérieurs au SMIC. A ce sujet, un agent de Pôle Emploi dira Ce type d ’ emploi n ’ existe tout simplement plus dans votre circuit à vous. Bient ô t, il n ’ existera peut- ê tre plus nulle part. On ne sait pas. » Les chômeurs sont tous prêts à accepter n’importe quel poste, certains disent même vouloir accepter moins que le SMIC, tandis que les conseillers leur répètent que c’est illégal. Alors que la convention collective dans le ménage fixe un salaire très légèrement supérieur au SMIC ce qui paraît la moindre des choses lorsque l’on sait que les travailleurs de ce secteur ne dépassent quasiment jamais les 20h hebdomadaires, car au-delà ils ne sont plus rentables », et ne tiennent plus physiquement », cette règle n’est pas respectée, même dans les annonces publiées par Pôle Emploi, pourtant organisme d’État. Pôle Emploi dit ne rien pouvoir faire contre cela, car sinon les employeurs publieraient de toute manière leurs annonces ailleurs. Le travail de femme de m é nage En sus de sa recherche permanente d’ heures », et non pas d’emploi, comme elle le précise, la journaliste nous décrit dans cet ouvrage son expérience en tant que femme de ménage, et toutes les facettes de ce métier difficile et ingrat les contrats de une à deux heures par jour seulement, tôt le matin et tard le soir, les nuits extrêmement courtes, le mépris des employeurs et des salariés des entreprises, les heures supplémentaires non payées… Le premier contrat que réussit à décrocher Florence Aubenas est sur le ferry du quai de Ouistreham, considéré par beaucoup à Caen comme l’endroit où il ne faut surtout pas travailler. Cette mauvaise réputation est une aubaine » pour la journaliste, qui, malgré son dossier qualifié d’ irr é cup é rable », n’a pour ce poste à faire face à aucune sélection. Sur le ferry, le ménage a lieu pendant l’escale. L’équipe de ménage dispose d’une heure pour nettoyer le ferry de fond en comble et notamment, de trois minutes par cabinet de toilettes. Les salariés ne sont payés qu’une heure par jour, soit 250 euros par mois ; il y a deux heures de trajet aller-retour pour une heure de travail ; il faut que les salariés fassent du covoiturage car sinon toute la paye passe dans le carburant. [...] MAUPASSANT, Guy de La Bécasse ce conte parut le 5 décembre 1882, dans le journal Le Gaulois SAISIE DU TEXTE Sylvie Pestel pour la collection électronique de la Bibliothèque municipale de Lisieux ADRESSE Bibliothèque municipale - 216 - F 14107 Lisieux TEL. MINITEL Diffusion libre et gratuite freeware La Bécasse par Guy de MAUPASSANT [Conte d'ouverture du volume "Les Contes de la bécasse"] Le vieux baron des Ravots avait été pendant quarante ans le roi des chasseurs de sa province. Mais, depuis cinq à six années, une paralysie des jambes le clouait à son fauteuil ; il ne pouvait plus que tirer des pigeons de la fenêtre de son salon ou du haut de son grand perron. Le reste du temps il lisait. C'était un homme de commerce aimable chez qui était resté beaucoup de l'esprit lettré du dernier siècle. Il adorait les contes, les petits contes polissons, et aussi les histoires vraies arrivées dans son entourage. Dès qu'un ami entrait chez lui, il demandait - Eh bien, rien de nouveau ? Et il savait interroger à la façon du juge d'instruction. Par les jours de soleil il faisait rouler devant la porte son large fauteuil pareil à un lit. Un domestique, derrière son dos, tenait les fusils, les chargeait et les passait à son maître ; un autre valet, caché dans un massif, lâchait un pigeon de temps en temps, à intervalles irréguliers, pour que le baron ne fût pas prévenu et demeurât en éveil. Et, du matin au soir, il tirait les oiseaux rapides, se désolant quand il s'était laissé surprendre, et riant aux larmes quand la bête tombait d'aplomb ou faisait quelque culbute inattendue et drôle. Il se tournait alors vers le garçon qui chargeait les armes, et il demandait, en suffoquant de gaieté - Y est-il, celui-là, Joseph ! As-tu vu comme il est descendu ? Et Joseph répondait invariablement - Oh ! Monsieur le baron ne les manque pas. A l'automne, au moment des chasses, il invitait, comme à l'ancien temps, ses amis, et il aimait entendre au loin les détonations. Il les comptait, heureux quand elles se précipitaient. Et, le soir, il exigeait de chacun le récit fidèle de sa journée. Et on restait trois heures à table en racontant des coups de fusil. C'étaient d'étranges et invraisemblables aventures, où se complaisait l'humeur hâbleuse des chasseurs. Quelques-uns avaient fait date et revenaient régulièrement. L'histoire d'un lapin que le petit vicomte de Bourril avait manqué dans son vestibule les faisait se tordre chaque année de la même façon. Toutes les cinq minutes un nouvel orateur prononçait - J'entends "Birr ! Birr !" et une compagnie magnifique me part à dix pas. J'ajuste pif ! paf ! j'en vois tomber une pluie, une vraie pluie. Il y en avait sept ! Et tous, étonnés, mais réciproquement crédules, s'extasiaient. Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le "conte de la Bécasse". Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner. Comme il adorait l'incomparable oiseau, on en mangeait tous les soirs un par convive ; mais on avait soin de laisser dans un plat toutes les têtes. Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les têtes précieuses en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert de bec. Une chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l'anxiété de l'attente. Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une épingle, piquait l'épingle sur un bouchon, maintenait le tout en équilibre au moyen de petit bâtons croisés comme des balanciers, et plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière de tourniquet. Tous les convives comptaient ensemble, d'une voix forte - Une, - deux, - trois. Et le baron, d'un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou. Celui des invités que désignait, en s'arrêtant, le long bec pointu devenait maître de toutes les têtes, régal exquis qui faisait loucher ses voisins. Il les prenait une à une et les faisait griller sur la chandelle. La graisse crépitait, la peau rissolée fumait, et l'élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir. Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé. Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l'ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités. Voici quelques-uns de ces récits... retour table des auteurs et des anonymes Résumé Plan Texte Notes Citation Auteur Résumé La marque contes cruels », quelque peu galvaudée depuis le recueil inaugural de Villiers de l’Isle-Adam en 1883, permet-elle de caractériser également Mirbeau ? Tel est en tout cas le parti pris de la première édition voulue exhaustive de ses contes en grande partie non recueillis par l’auteur chez Séguier en 1990. On se propose donc d’esquisser ici une poétique narrative de la cruauté, en délaissant le relevé des tourments infligés à l’être humain par la vie ou par son semblable, afin de privilégier un certain type de relation au lecteur. Chemin faisant, on essayera de faire ressortir la signature de Mirbeau en l’opposant à celle de quelques contemporains, en particulier Maupassant et Villiers. Ainsi pourra-t-on mieux mesurer la part cruelle de Mirbeau, mais aussi ce qui la récuse chez un auteur qui laisse transparaître le visage de la compassion sous le masque du de page DédicacePour Jean-François Louette. Texte intégral 1 Sur les distances de Mirbeau à l’égard de l’école naturaliste, voir par exemple Pierre Michel, Mi ... 2 L’indéfectible idéalisme de tempérament de Mirbeau n’est pas en cause, qui revient constamment sous ... 1Quels sont le moteur et la cible de Mirbeau écrivain, en particulier du conteur et nouvelliste qu’il fut ? Non la seule haine du Bourgeois, ennemi tout à la fois réel et symbolique de Flaubert, Villiers de l’Isle-Adam ou Léon Bloy. Les indignations et les haines de ce pessimiste libertaire et vengeur visent en effet tous azimuts non pas tels hommes, mais tels représentants d’une humanité par essence méprisable ; non pas telle classe sociale, mais plutôt les mécanismes et les effets pervers de toute la société en tant que telle. Ainsi, Mirbeau conteur égrène la litanie des douleurs, perversions, férocités, lâchetés et appétits humains. Il les peint au plus près, c’est-à-dire au présent, selon une des deux grandes philosophies » de l’époque – naturaliste pour dire sans doute un peu trop vite. Celle-ci repose sur une conception matérialiste de l’univers dans un monde sans Dieu qui découvre avec la science de Darwin et la philosophie de Schopenhauer matière à alimenter la désespérance1. Mais la peinture de la noirceur de l’existence suffit-elle à faire de Mirbeau un auteur de contes cruels », au sens où Villiers de l’Isle-Adam, l’idéaliste que l’on sait2 et grand tenant de l’autre postulation philosophique, intronisait le genre en 1883 ? Rappelons en outre que la même année 1883 voit paraître les Contes de la bécasse de Maupassant – après La Maison Tellier en 1881 et Mademoiselle Fifi en 1882 –, bientôt suivis d’autres recueils qui mériteraient tout autant d’être appelés cruels » s’il ne s’agissait que de considérer les tribulations de la vie en général, et plus encore la manière dont l’être humain traite son semblable. On se souvient à cet égard que cruel », du latin cruor, appartient à la même famille étymologique que crudus saignant, cru, qui désigne, par opposition à sanguis, le sang qui coule – ou le sang versé – et, par métonymie, la violence et le meurtre. À quoi j’ajouterai, comme nous l’apprennent les dictionnaires, la littérature et parfois le spectacle du monde, que la cruauté va de pair avec le raffinement et la jouissance, qu’elle trouve sa source dans l’économie des pulsions et se montre volontiers perverse. 3 Je n’entre pas ici dans la distinction entre conte et nouvelle. Qu’il suffise de rappeler que le te ... 4 Je me situe ici très précisément dans la lignée des travaux de Jean Decottignies, et en particulier ... 5 Mirbeau partage avec Maupassant, outre le fait d’être reconnu et une plume recherchée – et fort bie ... 2Quoi qu’il en soit, les années 1880 sont exceptionnellement fécondes pour le conte et la nouvelle ce que l’histoire littéraire appellera un âge d’or ». Mirbeau, né en 1848, de deux ans plus jeune que Maupassant et son cadet dans les lettres, publie sans succès son premier recueil, les Lettres de ma chaumière, en 1884. Mais il livrera bientôt aux journaux force contes et chroniques qui seront peu recueillis ou repris par la suite, sinon dans les Contes de ma chaumière 1894, Le Jardin des supplices 1899 pour quelques-uns d’entre eux, ou encore les Vingt-et-un Jours d’un neurasthénique 1901 où, sous couleur de roman, sont cousues bout à bout des nouvelles, de façon lâche et passablement désinvolte. Or, si la différence n’est pas toujours nette entre ce qui comporte prioritairement un contenu narratif conte ou nouvelle3 et ce qui relève davantage d’une prise de position idéologique ou polémique article, il importe surtout, au delà de ce partage incertain, de savoir si Mirbeau fait entendre une voix de conteur cruel. Car l’intuition de la cruauté, selon l’acception courante du terme, risque de nous égarer et de poser finalement plus de problèmes qu’elle n’en résout. En premier lieu, s’il ne s’agit que de montrer la vie et la société sous leurs aspects sombres ou violents, quel conteur – ou nouvelliste – ne peut être déclaré cruel » au xixe siècle, de Mérimée à Bloy, en passant par Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle-Adam bien sûr, Maupassant ou Schwob ? Surtout, la cruauté ne nous requiert ici que transposée et réélaborée en principe poétique. Sur ce plan, elle est intrinsèquement liée à une intention esthétique qui transgresse l’ordre conventionnel du discours et vise à susciter chez le lecteur une forme de malaise de haut goût, ou mieux, de jouissance mélancolique4. Par là, elle se montre d’essence diabolique – puisqu’elle récuse l’harmonie du monde divin –, et traduit de façon radicale le renversement moderne de la figure de l’auteur en la dissociant de toute orthodoxie rassurante – telle sera du moins mon hypothèse. Il convient donc de délimiter les contours de la cruauté pour examiner ensuite dans quelle mesure elle peut s’appliquer à l’auteur du Jardin des supplices et du Journal d’une femme de chambre 1900. À l’horizon de cette cruauté se posera pour finir la question de ses possibles relations avec le cynisme. Chemin faisant, quelques contes de Maupassant, dont Mirbeau s’est parfois inspiré et qui sont les plus proches des siens par les sujets et la manière5, mais aussi à l’occasion tel conte de Villiers, pourront faire office de pierre de touche de l’esthétique de Mirbeau. Vous avez dit cruel » ? 6 Octave Mirbeau, Contes cruels, éd. Pierre Michel et Jean-François Nivet, Séguier, 1990, 2 vol. Voir ... 3Dans leur édition des Contes cruels destinée à regrouper l’ensemble des contes de Mirbeau, qu’ils aient été recueillis ou non du vivant de l’auteur, Jean-François Nivet et Pierre Michel proposent cinq entrées thématiques cruauté de la condition de l’homme », cruauté de la nature humaine », cruauté de la femme », cruauté de la société », cruauté de la vie quotidienne6 ». Or, si les deuxième, troisième et quatrième rubriques illustrent clairement la notion dans son acception courante en se recoupant d’ailleurs largement, la première et la dernière en revanche procèdent d’un glissement fort contestable, sinon abusif. Dire que la condition humaine ou que la vie quotidienne sont cruelles » n’exemplifie pas plus la notion de cruauté que de les déclarer malheureuses ou tragiques » avec un coefficient superlatif ?. À un degré supérieur, l’élaboration philosophique d’un concept de cruauté par Clément Rosset, pour être plus féconde, n’en reste pas moins insatisfaisante, parce qu’elle fait fond sur l’intuition commune qu’il s’agit justement pour nous de déplacer en lui conférant une inscription esthétique et littéraire 7 Clément Rosset, Le Principe de cruauté, Paris, Minuit, 1988, p. 17-18. Par “cruauté” du réel, j’entends d’abord […] la nature intrinsèquement douloureuse et tragique de la réalité […] Mais j’entends aussi […] le caractère unique, et par conséquent irrémédiable et sans appel, de cette réalité, – caractère qui interdit à la fois de tenir celle-ci à distance et d’en atténuer la rigueur par la prise en considération de quelque instance que ce soit qui serait extérieure à elle7. 4On suppose que Mirbeau aurait pu souscrire à une telle définition, en vertu de laquelle le principe de cruauté » réside in fine dans la relation que l’individu entretient avec sa propre vie autant que dans la vie elle-même relation que l’on peut qualifier de mélancolique, mais qui ne va pas jusqu’à constituer la cruauté en principe poétique – ce n’est d’ailleurs pas son objet. Celle-ci entre néanmoins en résonance avec l’approche frayée par Jacques Hassoun sous l’angle de la psychanalyse – la mélancolie étant toujours consubstantielle à la cruauté –, mais en y apportant l’ajout crucial de la relation à l’autre 8 Jacques Hassoun, La Cruauté mélancolique [1995], Paris, Flammarion, Champs », 1997, p. 78. C’est ainsi que nous pouvons entendre ce qu’il en est de la cruauté mélancolique le mélancolique n’est pas moins cruel à l’égard de son entourage que de lui-même. Il l’est dans la mesure où, pour susciter de l’objet, pour que l’objet cause-de-désir advienne, il est constamment soumis à une nécessité, celle du meurtre de ce qui l’atteint au cœur même de sa subjectivité, le lent meurtre de ceux qu’il aime8. 9 Ainsi, La mort du chien » i, p. 292-298 met en scène la vindicte d’un notaire contre un chien r ... 5Ainsi pouvons-nous aller plus loin. Si la cruauté est un mode de relation complexe à l’autre – en l’espèce le lecteur dont on peut penser qu’il est aussi un alter ego de l’auteur –, elle ne relève pas en soi du monde représenté, qui n’en saurait former que le plus bas degré, même lorsqu’il donne à voir des personnages cruels. Sans doute les figures de tortionnaires abondent-elles chez Mirbeau, comme aussi les exemples de foules cruelles. Mais, du point de vue poétique abordé ici, cela ne suffit pas à prouver la cruauté des contes, et d’autant moins que l’attention du conteur se porte avec un zèle égal sur les victimes êtres faibles, pauvres, dominés et exploités, personnages broyés par la machine sociale, et jusqu’aux animaux. Car ces derniers sont les victimes par excellence, condamnés à subir sans pouvoir s’en défendre l’universelle méchanceté des êtres dits humains soit les plus féroces des êtres vivants chez Mirbeau, principalement mus par l’instinct de meurtre9. 10 Guy de Maupassant, Contes et nouvelles, éd. Louis Forestier, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiad ... 11 Et une haine grandissait en son esprit confus d’enfant, une haine de paysan rapace, de paysan sou ... 12 Voir sur ce point Florence Goyet, La Nouvelle, Paris, PUF, Écriture », 1993, p. 91-105. 13 Cahiers Octave Mirbeau, n° 3, 1996. 6Trois exemples brefs de contes de Maupassant permettront de mieux discerner par contraste ce qui fait la signature de Mirbeau. Dans Une vendetta10 », une femme corse dresse son chien à attaquer en l’affamant, et elle prépare froidement et méthodiquement, bien longtemps après, l’assassinat horrible de celui qui fut le meurtrier de son fils. Coco » t. i, p. 1149-1152 met en scène la manière dont un valet de ferme, par une rancune de paresseux11, maltraite un vieux cheval dont il devait prendre soin, au point de le laisser, pour finir, littéralement mourir de faim. Tombouctou » nous transporte durant la guerre de 1870, au cours de laquelle le nègre » Tombouctou, personnage indiscipliné, débrouillard, généreux et pillard, n’hésite pas à faire acte de cannibalisme et à manger – et à donner à manger sans préciser la traçabilité de la bon viande » qu’il apporte – les ennemis prussiens morts. Si les trois exemples contiennent une violente charge de transgression, seuls les deux premiers mettent en scène des personnages cruels. Et l’on voit bien ici ce qui distingue de ceux de Maupassant les personnages de Mirbeau. Leur cruauté – qui n’est pas celle de l’auteur – tire sa force d’une forme de gratuité incompréhensible qui, au delà d’intérêts immédiats, concilie jouissance et bêtise, ou stupidité éthique. Au contraire, dans l’univers de Maupassant, la cruauté peut bien confiner à la barbarie et heurter les catégories morales du lecteur, elle n’en obéit pas moins à une forme de rationalité qui fait sens au nom de cas d’espèce particuliers et passablement exotiques, – que l’exotisme s’entende selon une acception géographique, sociale, voire psychologique et morale12 un goujat », une mère corse, un nègre cannibale. Ainsi, Maupassant s’intéresse à des possibles de l’humain tout à la fois assez proches pour faire frémir le lecteur, et assez lointains pour ne pas l’atteindre, en lui ménageant une distance confortable une marge de sécurité, en somme. C’est pourquoi Maupassant n’est pas un conteur cruel s’il trouble son lecteur, il ne le malmène pas, ne remet pas en cause son univers moral, ni surtout sa confiance dans la narration et le langage. Car chez Maupassant prévalent la clôture et le cadre, sauf dans sa veine fantastique. En extrapolant les conclusions de l’excellent article de Samuel Lair, Guy de Maupassant et Octave Mirbeau le clos et l’ouvert13 », on serait tenter d’affirmer qu’il y a au fond un classicisme du premier – le principe de clôture – qui s’oppose à la modernité du second – le principe d’ouverture. Nous verrons en effet que Mirbeau réduit la distance et tend à brouiller les places de l’auteur, du narrateur et du lecteur. 7Mais sur un plan plus général, la violence de Mirbeau sonne comme une réponse douloureuse à la violence de la vie et à la violence sociale. Le recours à l’ironie et à la satire y sert un dessein pamphlétaire. Chez Maupassant en revanche – où elle est d’ailleurs intermittente –, la violence répond surtout à une volonté d’explorer une des singularités du réel parmi beaucoup d’autres, afin d’en révéler des possibilités insoupçonnées. Là où l’auteur des Contes du jour et de la nuit joue de la variété des registres – du clair au sombre – pour envisager des arguments narratifs en eux-mêmes très majoritairement dysphoriques, c’est davantage l’unité de couleur ou de ton qui signe la manière – noire – de Mirbeau, dont le pathétique et l’ironie visent les personnages en misant sur une solidarité morale du lecteur. Néanmoins, malgré leurs différences, point donc à ce stade de poétique de la cruauté chez l’un ni chez l’autre, à moins de se contenter d’une vague appréciation psychologique sur leurs tempéraments d’écrivain, que chacun sait pessimistes et tourmentés. C’est pourquoi la question se pose à un autre niveau qui engage l’énonciation et la réception des textes, en somme une manière de programmer un certain type de relation au lecteur, d’où découleront d’autres effets. D’un usage cruel de la parole Poétique de l’excès 14 Dans cette perspective, on pourra lire le très beau travail de recherche inédit – même s’il porte s ... 15 Journal, 1er janvier 1907. Paul-Henri Bourrelier analyse le même trait dans l’œuvre critique de Mir ... 8Puisque la cruauté chez Mirbeau ne relève pas en soi de la peinture des misères et méchancetés humaines, elle réside peut-être d’abord dans l’accumulation de la noirceur et de l’horreur14. Il est en effet un seuil à partir duquel la quantité se convertit en qualité En ce sens, on placera l’œuvre de Mirbeau sous le signe de l’outrance, de l’excès, voire de la caricature, dont la figure attendue est l’hyperbole. C’est ce qu’a bien perçu Jules Renard en évoquant l’homme Mirbeau Mirbeau. Il doit avoir cinquante-sept ans. Sa femme est très malade, et Mirbeau a dit à Thadée [Natanson] qu’il ne lui survivrait pas. Et il raconte des histoires qu’il exagère jusqu’à ce qu’elles portent15 ». 9Touchant l’écrivain, on trouvera difficilement dans l’œuvre des contes qui soient souriants ou tout simplement légers. La tension y est maîtresse, qu’elle soit polémique ou pathétique. La remarque vaudrait aussi pour les romans, mais la forme brève a ses exigences propres, du fait qu’elle tend à s’organiser en recueil. De ce point de vue, les contes de Mirbeau manquent d’une alternance nécessaire en temps faibles et temps forts, et donc d’une manière de respiration. On comprend dès lors que Mirbeau conteur ne soit guère parvenu à composer des recueils aboutis – forme où le genre bref trouve son accomplissement esthétique – et que son œuvre ne puisse sur ce point être comparée à celle de Maupassant, ou a fortiori de Villiers. Néanmoins, ce qu’il perd en variété de registres, il le gagne en puissance et en intensité, et mieux que son aîné, il malmène le public de son époque en lui infligeant, conte après conte et jusqu’à ce qu’elle porte », une noirceur de ton qui s’impose quels que soit les sujets traités et le choix du mode d’énonciation. En ce sens, on peut souscrire à l’analyse des éditeurs […] si la cruauté fait partie intégrante de sa vision du monde, le parti pris d’en repaître ses lecteurs procède d’une intention correctrice ; il s’agit de choquer pour susciter la réaction du lecteur passif la prolifération des images et des scènes de putréfaction et des scènes de violence fait toujours bon ménage avec la parole pamphlétaire Préface, t. i, p. 21. 16 Dans Octave Mirbeau le cynique », Pierre Michel se demande si l’auteur de Dingo ne va pas jusqu’à ... 10Une autre question est de savoir si une telle intention, tout à la fois politique, sociale et morale, peut porter ses fruits16, et encore une autre de savoir si cette cruauté est toujours susceptible d’affecter le public d’aujourd’hui, qui en a vu et lu bien d’autres depuis. Il n’empêche à lire les contes de Mirbeau de manière suivie, on ne peut s’empêcher d’être sensible à l’effet de ce qu’on pourrait appeler l’implacable. Au chapitre éternel et attendu de l’ Histoire d’une fille de ferme » Maupassant, Mirbeau, dans La Bonne » t. ii, p. 165-172, confie à son personnage le récit de son ses malheurs forcée de quitter la campagne pour survivre en trouvant une place à Paris, elle est violée par le réceptionniste de l’hôtel où elle s’est résignée à passer sa première nuit. Déshonorée et enceinte, puis fille mère, partout maltraitée et méprisée, elle termine ainsi le récit de ses tribulations – Eh bien, monsieur, il y a encore beaucoup de bonnes gens, de braves gens du bon Dieu, qui croient que je suis une méchante femme, une rien du tout… Et pourtant, je vous jure, monsieur, je vous jure !… Et la Renaude, pliée en deux, brisée par l’émotion, se mit à sangloter. t. ii, p. 172 17 Mais dans le texte qui suit, Le petit mendiant » t. i, p. 173-177, la même Renaude chasse un au ... 18 Un hobereau a marchandé une accorte jeunesse pour en faire sa servante. Il la met dans son lit et c ... 19 Une jeune paysanne finit par consentir à une rigolade » avec un cocher de diligence, et elle devi ... 11Mirbeau place sous nos yeux le malheur à l’état pur et immérité, comme dans un bon mélodrame, si ce n’est qu’il s’agit pour lui de dénoncer l’opprobre injustement subi par beaucoup de femmes réelles, et pour lesquelles la vraie vie – et le conte – ne ménagent aucune fin heureuse. On voit bien alors qu’il s’agit de reverser la condamnation sociale sur la société qui la porte. Mais où donc la cruauté, quand le ressort est à l’évidence le pathétique et avec lui l’empathie, à moins de mettre en série ce conte avec beaucoup d’autres récits de victimes qui ne laisseront pas le lecteur indemne, à force17 ! En revanche, à suivre chez Maupassant les nombreuses variations sur l’ Histoire d’une fille de ferme » t. i, p. 225-243, la conclusion serait tout autre. Car ce qui l’intéresse, c’est précisément la variation, la surprise et le retournement imprévu de situation d’où découle son art de la pointe. Ainsi, la servante de ferme, fille mère à l’insu de tous et refusant, en raison de ce honteux secret, le mariage proposé par son patron, finit par y consentir. Après bien des violences de la part de ce dernier qui ne parvient pas à en avoir un enfant, le conte connaît une issue heureuse, produite paradoxalement par la révélation redoutée. Mais ce happy end doit être plus que relativisé et n’a rien d’un conte de fées le patron aura une servante gratis, et de surcroît l’héritier qui lui manquait. Sur le même thème, Maupassant peut fort bien aussi conter une histoire à la fois pathétique et ironique – Histoire vraie » t. i, p. 457-46218 –, mais aussi d’une drôlerie grinçante – L’Aveu19 » t. ii, p. 192-197 –, alors que Mirbeau ne quitte pas le registre d’une indignation désespérée tout à fait étrangère à l’auteur de Bel-Ami. Pourtant, la cruauté ne saurait se cantonner dans le paroxysme et l’effet de surenchère. Si elle est un trait définitoire de la manière de Mirbeau, elle est à rechercher dans le positionnement de la voix narrative, dans l’instabilité ou l’indécidabilité de son éthos. Cruauté narrative 12Ce qu’il y a de plus troublant dans La Bonne », ce n’est pas en effet son histoire, mais le fait que le narrateur, à qui elle est confiée, semble une parfaite émanation bourgeoise de la société où une telle histoire est possible. L’incipit donne le ton Ayant besoin d’une bonne pour faire mon petit ménage, j’allai, un jour, demander à la fermière, ma voisine, si elle ne connaissait pas une femme honnête et travailleuse qui pût remplir cet office. t. ii, p. 65 13Phrase neutre pour l’auteur, et non marquée dans le contexte des mœurs de l’époque ? Peut-être. Mais il est trop d’exemples qui incitent à penser le contraire. Ainsi Tatou », cette histoire d’une autre Mignon recueillie par le narrateur auprès d’une placeuse pour en faire une gardeuse de vaches. L’intérêt qu’il lui manifeste reste néanmoins purement égoïste et dénué d’empathie, faisant d’elle un insolite objet de divertissement Et l’enfant m’intéressa au point que je ne tardai pas à la débarrasser des rudes travaux de la basse-cour. Je l’installai dans la maison, comme on installe un bibelot précieux, un oiseau rare, ou un petit chien, ou un gros chat, et aussi pour le plaisir de contempler ses gestes et ses yeux. t. i, p. 208. 14Ignorante de son origine, Tatou n’en a pas moins la nostalgie de son pays », au point de tomber malade et de mourir de consomption, tout en s’imaginant qu’elle marche pour le rejoindre enfin. Certes, le narrateur est désespéré », mais ne l’est-il pas de façon suspecte ? 20 Voir Léon Bloy, Histoires désobligeantes, éd. Pierre Glaudes, Paris-Genève, Slatkine, Fleuron », ... 21 Mais il faut retenir la leçon de Baudelaire dans Fusées xviii, dans Journaux intimes Le mélan ... 22 Chez Villiers, la cruauté réside d’abord dans l’indécidable signification du titre – qui fait preuv ... 15On commence à toucher ici la cruauté, comme façon perverse de s’adresser au lecteur, – ce que Léon Bloy nous permet de nommer désobligeance20 ». Dans les récits de Mirbeau – contes et romans –, elle relève, sinon toujours d’un traitement inouï du langage comme chez Villiers ou Bloy, du moins d’un certain usage très déstabilisant de la première personne on peut penser par manière de comparaison au statut incertain, troublant et fait pour inquiéter du poète narrateur du Spleen de Paris, ou, bien plus récemment de manière flagrante et massive, au succès de scandale qui fut celui des Bienveillantes de Jonathan Littell en 2006, – prix Goncourt mettant en scène un ancien officier SS qui raconte de façon tout à fait assumée les massacres auxquels il a pris part. C’est dire que, même dans la fiction, l’emploi de la première personne n’est pas indifférent, au point d’avoir suscité une vive polémique dans le cas précité. Or, chez Mirbeau, la première personne pose de manière récurrente la question du possible degré de proximité de l’auteur avec un narrateur à l’éthos peu recommandable, ou, mieux encore, disparate. Forme de dissonance harmonique qui serait l’équivalent de ce qu’on appelle en musique frottement » un accord de seconde majeure ou mineure par nature discordant, en somme, parce qu’il va à l’encontre de ce qui est perçu comme une loi naturelle par l’oreille… ou par la lecture dans son attente d’une position éthique et axiologique clairement situable de la voix qui parle. Ainsi, la veulerie du narrateur à l’égard de sa jeune épouse dans le conte ironiquement titré Vers le bonheur », sonne désagréablement21 », alors même que le personnage est a priori porteur des valeurs d’idéal et de sublimité qui sont inaccessibles à la jeune femme, mais sur lesquelles il cède pour apaiser son caprice de colère. Le conte s’ouvre pourtant sur l’annonce de la séparation et de l’incommunicabilité – qui est celle des sexes –, avant de revenir sur la scène douloureuse de la prise de conscience qui remonte au soir même du mariage. Lucide, porteur d’un idéal élevé mais lâche, on voit à quel point le narrateur brouille les pistes herméneutiques. Quand on sait de surcroît quelle fut la vie sentimentale et maritale de Mirbeau, et que le conte fut écrit tout de suite après son propre mariage avec Alice Regnault, ancienne actrice des Variétés, le conte apporte une tonalité tout à fait particulière au thème fin de siècle rebattu du caractère incompréhensible des femmes dont Claire – nouvel avatar de Clara – est un spécimen particulièrement opaque. Mais le conte peut aussi s’entendre comme une variation cruelle sur Sentimentalisme » de Villiers [1876], Contes cruels, 1883, qui raconte comment une jeune femme, au cours d’un rendez-vous, annonce à son amant – un poète – qu’elle rompt avec lui, au prétexte que sa nature d’homme de génie le rend incompréhensible, car étranger aux sentiments naturels et ordinaires – on voit que Villiers quant à lui renversait, en le déplaçant, le lieu commun du caractère féminin supposé impénétrable. Le poète, en dépit de la nouvelle, reste impassible et répond aux questions de sa maîtresse pour satisfaire la curiosité ; puis, rentré chez lui, il se suicide22. Vers le bonheur » gagne donc à être lu comme une variation sur Sentimentalisme » plutôt que comme une simple transposition littéraire de la vie de Mirbeau. La dissolution banale et sans grandeur d’une séparation – qui ne résout rien – serait alors préférée au dénouement héroïco-tragique du suicide. Un degré au-dessus, ou au-dessous, la séparation n’aurait même pas lieu, et la vie du couple se poursuivrait sur les décombres du mariage où l’homme serait cantonné dans sa situation de victime consciente et impuissante, véritable jouet ou pantin », écrira Pierre Louÿs un peu plus tard La Femme et le pantin, 1898. Mais on l’a compris pareille histoire ne peut être intéressante et troublante, du point de vue de la cruauté, que par son énonciation. C’est pourquoi ma lecture privilégiera chez Mirbeau une espèce particulière de contes, celle où une parole, plus symbolique que mimétique, est confiée à des monstres parfois ordinaires, parfois extraordinaires. Les monstres ont la parole 23 Voir la remarquable édition de Guy Ducrey dans Romans fin de siècle, 1890-1900, Paris, Robert Laffo ... 24 J’avais alors vingt ans, et j’étais un jeune homme harmonieux et vigoureux. Je portais avec fiert ... 16Dans cette veine particulière, qui consiste à donner la parole à des narrateurs monstrueux, on peut compter Un homme sensible » t. i, p. 508-545 parmi les plus belles réussites de Mirbeau. Il s’agit d’un conte à épisodes très élaboré qui mériterait à lui seul une analyse complète et dont on peut à peine proposer ici une très sommaire esquisse. Qu’il suffise de dire que le lecteur est entraîné peu à peu dans la surenchère d’un désir qui ne connaît que lui-même, qu’il s’agisse du désir sexuel ou du désir de meurtre – meurtre du rival du narrateur, puis celui de sa maîtresse –, ce dernier lui laissant pour finir le cœur soulagé », comme à quelqu’un qui aurait trouvé une solution élégante et adéquate à un problème lancinant. Dépassant de beaucoup ce qui pourrait n’être que la condamnation d’un égoïsme moral ou social, le récit ne peut être comparé, dans sa descente vertigineuse vers l’abîme – où seront littéralement et successivement précipitées les deux victimes –, qu’à ce chef-d’œuvre de Catulle Mendès intitulé Le Chercheur de tares 189823, dont Mirbeau admire l’auteur et que le personnage ne manque pas de citer24. Retournons à ses débuts dans l’existence, au moment où, s’étant posé en artiste » et se vantant de mépriser Rodin – pour le coup un des grands dieux » chers au cœur de Mirbeau –, il raconte sa première émotion d’enfant Je me rappelle avoir pleuré, durant plus de quinze jours, la mort d’un oiseau que j’avais capturé et à qui j’avais collé sur le crâne une menue crête joliment dentelée de laine rouge. Cette mort m’inspira mes premiers vers. Et ce qu’ils ont mouillé de beaux yeux de femmes !… t. i, p. 508-509 25 Plus largement, Mirbeau a retenu la leçon moderne du Baudelaire de Fusées dans ses ultimes implicat ... 26 Cela ne l’empêche pas de montrer avec ironie les vices sociaux des gens du monde, des petits bourge ... 27 Jean Decottignies, art. cité., p. 373. Il s’agit, en particulier par l’antiphrase, l’oxymore et la ... 17Bien sûr, le narrateur se discrédite lui même – il est non fiable sur le plan moral et son propos est frappé d’ironie. Pourtant il y a plus, car la poétique de la cruauté commence, non avec le supplice infligé à l’oiseau, mais avec le brouillage des valeurs et la perversion de la morale à des fins esthétiques dans ce récit à la première personne – autodiégétique » dans la terminologie de Gérard Genette25. Voilà donc un principe poétique étranger à l’esthétique de Maupassant, qui ne se pose jamais en moraliste, même paradoxal. Alors que, comme on l’a vu, Mirbeau bien souvent s’indigne et s’emploie à dénoncer, Maupassant prend le parti de donner à voir sans juger26. Rappelons-nous le sinistre hobereau d’ Histoire vraie », qui peut sembler un parangon d’égoïsme et d’inhumanité. Sa cruauté de personnage est le fait d’une bonne conscience inentamable, mais elle ne s’exerce aucunement à l’encontre du lecteur qui ne peut se sentir de proximité de valeurs avec lui. À aucun moment les indices du vrai et du faux, du juste et de l’injuste, ces indices sûrs d’une conscience diabolique, n’y sont mêlés comme chez Mirbeau. C’est pourquoi, tandis que l’esthétique de Maupassant est celle d’un peintre requis par les sens, Mirbeau tend davantage, dans ses meilleurs contes, vers ce que Jean Decottignies a nommé, à propos de Villiers et Bloy, l’intelligence du symbolique27 ». 18Certains contes de Mirbeau sont d’ailleurs davantage des portraits charges en situation que de véritable récits. Ainsi, dans Âmes de guerre » – on sait que l’armée est une des bêtes noires de ce dreyfusard –, Mirbeau met en scène un officier qui fait preuve d’un cynisme absolu, en se confiant à un narrateur fort complaisant celui-ci ne hasarde que quelques timides objections, lecteur lui-même de la presse nationaliste – La Libre Parole, L’Intransigeant et La Patrie –, et il se présente à l’instar de son interlocuteur comme un libéral du bon cru » avec qui les relations ne peuvent être que cordiales ». Qu’on en juge Qu’est-ce que la France aujourd’hui ? Une immense grève. Une immense émeute. Et pas le moindre feu de peloton… pas la moindre saignée. Rien ! C’est dégoûtant !. […] On dit que le travail est une chose. C’est entendu… Une sale chose même… Mais le capital en est une autre, et une grande. Sacrebleu !… Si de temps en temps vous ne lui apportez pas sa bonne provision de cadavres, si vous ne le rassurez pas, il finira par se décourager. Et quand il n’y aura plus de capital… bonsoir le travail… Les prolétaires seront bien avancés ! – Mais, colonel, ils le seraient encore bien moins si vous les tuiez tous… – Tous ! répondit le colonel, en haussant ses glorieuses épaules… Il en restera toujours assez. Il en restera toujours trop ! t. i, p. 546-550. 28 Dans la même veine, on peut citer La Fée Dum Dum » t. ii, p. 374-378, texte repris dans la prem ... 29 Publié dans Le Journal le 10 février 1895, le texte est une reprise de Vae soli » publié dans L’É ... 19Et tout y passe, les juifs, les dreyfusards, et pour finir, à la faveur d’une anecdote rétrospective, quelques créanciers exécutés en profitant de la répression de la Commune – Ça c’était une guerre !… À la bonne heure28 ! » On peut rester songeur sur l’emploi des termes, combinés d’ailleurs en une série hétérogène dégoûtant » ; sale chose » à propos du travail – qui rompt avec la morale sociale bourgeoise ; bonne provision de cadavres » ; se décourager » à propos du capital ; et À la bonne heure ! » pour finir. Il est clair que Mirbeau ne cherche pas à ici atteindre le vrai par la mimèsis, mais par la puissance du symbole. Ce que le personnage exprime, ce n’est pas un caractère individuel, mais la logique profonde et informulée de la classe des nantis » ou des jouisseurs. Dans ces pages de combat politique et social, Mirbeau frappe fort et son rire est noir. On ne s’étonne guère que le texte ait paru dans L’Humanité [le 23 octobre 1904]. Avec Un joyeux drille » t. i, p. 435-440, c’est un personnage hilare, répondant au nom symbolique et presque bloyen de M. Cléophas Ordinaire », qui raconte les meurtres qu’il a commis sans qu’ils lui aient valu la moindre sanction sociale comme autant de blagues hilarantes. Mais c’est dans Solitude ! » t. i, p. 186-19129 que Mirbeau atteint à une ironie proche à certains égards de celle de Villiers, et cette fois dans un récit à la troisième personne. Le personnage partage en effet certains traits notoires avec les héros villiériens, tout en les mariant avec d’autres qui sont radicalement incompatibles avec eux. Il faudra donc s’attarder un peu sur quelques exemples significatifs Il y avait trois ans que Lucien, dégoûté de Paris sans qu’il eût su dire pourquoi, était revenu au fond de sa province natale dans le petit château qu’il tenait de sa famille, et où, depuis l’enfance, il n’était point retourné p. 187. 20N’était l’ajout – sans qu’il eût su dire pourquoi » – qui mine le propos au regard de l’axiologie villiérienne, le lecteur de ces quelques lignes pourrait imaginer qu’il a affaire à un des ces personnages nobles et/ou poètes, épris d’un idéal puisé dans une terre et une lignée ancestrales, comme il en est tant chez Villiers. Car cette inconscience est d’emblée suspecte, et la suite à l’avenant Enfant, il avait été heureux, – du moins il se l’était persuadé, comme il se persuadait qu’il avait été malheureux à Paris. Mais ses souvenirs d’enfance ne se précisaient guère. Il n’y accrochait aucun fait tangible, aucune certitude de joie définie p. 188. 21Ne pas savoir de quelles valeurs on est porteur en naissant », telle est la garantie pour Villiers d’une inexpiable roture, et tel est bien le lot du personnage, ce passant » peu considérable malgré son désir d’une retraite salutaire. Pourtant, la solitude ne manque pas de produire quelque effet sur cette âme médiocre et molle après le sentiment d’ennui, puis l’obsession de la maladie qui meuble le vide des journées, il est contre toute attente atteint par certains phénomènes spirituels » qui lui donnent à penser qu’il devient fou. Et cette fois, l’oreille un peu exercée entend quelque chose de la voix de Villiers acclimatée dans l’univers et le style de Mirbeau Comme il ne lisait plus les bons livres qui, jadis, entretenaient sa raison dans les connaissances moyennes, dans les notions d’honnêteté courante, […] il arriva que, livré à lui-même, il commença de penser par lui-même, et que son esprit délaissé rétrograda vers des conceptions naturelles. […] il eut des réveils de conscience, des lueurs farouches de réflexion, qui le troublèrent immensément. 30 Cf. Villiers de l’Isle-Adam, Les Demoiselles de Bienfilâtre », Contes cruels, Œuvres Complètes, é ... Il se surprit à douter de la justice des juges, du désintéressement des ministres, de la bonté héroïque des banquiers. Il ne respecta même plus les corps constitués30 p. 189. 22La vertu démystificatrice de l’ironie consiste ici à jeter le doute sur l’ordre social et plus encore sur le langage qui en découle, avant de renchérir au point d’influer sur la conduite du personnage, atteint d’un accès de fièvre qui le rend bon, généreux, et pitoyable à toutes les douleurs » ibid.. Et pour couronner le tout, ce sont des visons d’art qui s’emparent de lui En même temps, son âme s’élevait, sur les ailes de la pitié, jusqu’aux symboles les plus sublimes de l’art. Il découvrait chaque jour des mondes nouveaux, des harmonies irrévélées, des musiques belles comme la pensée. En lui s’ébauchaient des projets d’œuvres splendides et pures. p. 190 23On le devine, ces phénomènes inquiétants » provoquent un sursaut du personnage qui y perçoit des signes indéniables de sa déchéance morale, de sa dégradation intellectuelle » ibid.. Il se voit perdu pour la société, pour le monde, c’est-à-dire pour n’importe quelle famille honnête et distinguée ». Il est temps de réagir ; et voici la morale » qui fournit l’explicit du conte – Allons ! allons ! pour me laver de cette souillure et me guérir de cette gale, pour redevenir l’homme soumis, normal et propre que j’étais, il est temps que je rentre dans la société. Il est temps que je me marie, que je me retrempe dans l’amour. Lucien alluma un bougeoir, se dirigea vers sa chambre. – Dans le saint amour ! répéta-t-il, tandis qu’il considérait son lit étroit et solitaire, en poussant un soupir qui s’acheva en plainte douloureuse. Il se coucha et, toute la nuit, durant que la tempête hurlait au dehors, il rêva à des choses nuptiales et régulières. p. 190-191 31 Si tout le xixe siècle bourgeois prône le mariage, il ne va pas jusqu’à en faire un objet de rêve o ... 32 Villiers de l’Isle-Adam, Le Traitement du Docteur Tristan », Contes cruels, op. cit., t. i, p. 73 ... 24On appréciera le paradoxe de la pointe finale, le retour à l’ordre et à la paix intérieure étant ménagé par une très efficace antithèse31. En somme, dirait Villiers, il est redevenu un homme de l’Humanité32 » Pour notre propos, il est clair que Mirbeau porte ici atteinte à l’ordre du langage, car que signifient désormais les mots souillure », saint » et amour » ? Mirbeau se montre donc bien à l’occasion cruel » ou désobligeant » à l’instar de Villiers ou Bloy, sinon de façon aussi retorse et inquiéteuse, dans la mesure où l’antiphrase généralisée finit par rétablir une forme de connivence stable. Il s’agit là pourtant, même circonscrite et intermittente, de ce que nous avons nommé poétique de la cruauté. Reste une question qu’il faut aborder pour finir une telle cruauté est-elle compatible avec le cynisme ? Cruauté et cynisme 33 Par falsification », il faut entendre le principe qui consiste à mettre au jour et à révéler la f ... 34 Pierre Michel, art. cité, p. 12. 35 L’exemple d’école en serait fourni par Gavinard » t. ii, p. 273-280 Gavinard le fils – putati ... 25Dans l’article déjà cité, intitulé Octave Mirbeau le cynique », Pierre Michel, après avoir pris soin de dégager le terme de son acception courante, établissait un certain nombre de critères qui devaient permettre de voir en Mirbeau un cynique sur le modèle des philosophes grecs Diogène et Antisthène d’abord par une éthique de la provocation, du scandale et de la totale franchise la parrhésia […] » ; mais également par le recours au procédé de la falsification33 des cyniques grecs, notamment dans sa dernière œuvre narrative, Dingo, dont le héros n’est autre que son chien34 ». Je laisserai ici la question de Dingo, la plus convaincante pour la thèse – et pas seulement à cause de l’étymologie de cynisme » –, tout en suggérant qu’elle pourrait soulever une autre question celle d’une certaine évolution de Mirbeau vers le cynisme. Nous avons pu observer par contraste que tous les chiens étaient loin d’être cyniques chez Mirbeau. Plus largement, donc, en considérant l’œuvre et les contes, on s’aperçoit que, pas plus que pour la cruauté, la représentation du cynisme ou de personnages cyniques ne fait a priori l’auteur cynique. Ces personnages abondent en effet, et on a pu déjà en recenser quelques spécimens35. Mais le cynisme, examiné selon son acception originelle, ne peut valoir là encore que transposé en principe poétique, c’est-à-dire sous un angle littéraire. Si un tel principe est mis en œuvre par Mirbeau, quelles sont ses relations avec la cruauté ? dans quelle mesure sont-ils compatibles l’un avec l’autre ? En d’autres termes, Mirbeau serait-il davantage cynique que cruel ? 36 Pierre Michel, art. cité, p. 12 sq. 37 Je dois cette analyse et les expressions notées entre guillemets à l’excellent Chiens de plume de J ... 38 Voir Octave Mirbeau, Combats esthétiques [recueil d’éditeur des critiques d’art parues dans la pres ... 26Les arguments de Pierre Michel en faveur d’une éthique cynique » de Mirbeau sont les suivants36 1° la lucidité impitoyable d’un matérialisme radical », qui fait table rase » de toutes les croyances et illusions humaines » ; 2° le rêve d’authenticité et d’adéquation à soi-même » ; 3° la nécessité d’une ascèse pour se libérer de tous les faux biens qui attachent l’homme à la vie, et dont les héros de Mirbeau se font à l’occasion les hérauts ; 4° la continuité qui va du cynisme à l’individualisme farouche et à la position de libertaire conséquent » et d’ anarchiste radical » ; 5° une attitude de provocation systématique et une esthétique de la révélation » ; 6° le renoncement à tout enseignement de vérité doctrinale au nom d’un relativisme indépassable, le cynique se bornant à être un inquiéteur ». Or tout cela est juste, mais ne saurait suffire pour une conscience moderne. D’abord, si l’on s’en tient à une analyse transhistorique du cynisme telle que la décrit Jean-François Louette – mais sans s’y limiter –, l’analyse achoppe. Car aux yeux du psychologue ou du moraliste, l’ hyperlucidité ravageuse » s’accompagne d’un assèchement précoce [du cœur] », d’un égoïsme superlatif », d’une complicité avec le mal, à quoi il faut ajouter, sur le plan proprement philosophique, une froide résignation » qui rabat le devoir-être sur l’être37. Or, la lucidité mise à part, tous les traits précités sont à l’évidence en contradiction avec tout ce qui caractérise l’attitude morale et esthétique de Mirbeau. À l’occasion, une certaine complicité cruelle pouvait apparaître entre la voix narrative et la voix auctoriale, mais le cynisme des personnages ou de la société, voire du narrateur, est quant à lui toujours mis à distance, et donné à décrypter comme tel. C’est pourquoi l’affectation de cynisme chez Mirbeau est bien plutôt le fait d’une conscience mélancolique, tout à la fois hyperlucide et hypersensible, qui y trouve un moyen de défense, quitte à se défendre en attaquant. Profondément affecté et outré par la morale sociale, Mirbeau se révolte en donnant à voir et à entendre la signification profonde de ce qu’il perçoit. À cet égard, toute une partie de son art est proche de celle du caricaturiste Jossot, et vise les mêmes passementeries » hommes d’église, juges et militaires. Mais chez cet artiste bifrons, le cynisme est bien l’autre face de la sensibilité, dont la forme la plus fréquente – et altruiste – est la compassion. D’où ses combats successifs au nom de la vérité et de la justice politiques, sociales, esthétiques38, au premier rang desquels son engagement dans l’affaire Dreyfus. Le prétendu cynisme de Mirbeau ne doit donc pas nous en imposer il cache un artiste et un homme qui en sont l’exact opposé. On comprend dès lors que la posture cynique, par le truchement de contes, de personnages et de narrateurs immoraux ou amoraux, n’est chez lui que le moment et le moyen esthétique d’une indignation morale profonde. 27Dénonçant le cynisme social et mondain, Mirbeau exprime donc ses colères et ses haines, mais il laisse aussi en retour parler sa compassion, alors que l’art de Maupassant, beaucoup moins axé sur les valeurs, confie à la fiction narrative le soin d’exprimer une vision qui ne saurait sans doute se formuler autrement. Mirbeau au contraire prend volontiers le parti de déléguer à ses personnages des discours que le lecteur devra apprécier en fonction de ce qu’ils révèlent et de qui les profère. Il est en ce sens plus proche de Villiers et de Bloy, non pas cynique, mais parfois cruel. L’autre grand ressort est la pitié – chère à Marcel Schwob –, comme dans L’Octogénaire », un de ses contes les plus poignants. À quatre-vingts ans, restée seule dans un petit village de la compagne romaine, Rosa Pelletrini réunit ses maigres économies pour aller rejoindre son fils à Paris. Mais celui-ci l’accueille très mal, veut la renvoyer sous prétexte qu’il ne peut la nourrir, et finit par accepter qu’elle reste à condition qu’elle gagnera sa vie en posant comme modèle. La vieille femme ne comprend pas, mais violentée par son fils, elle se résigne. La deuxième partie du conte se passe à l’atelier. Le narrateur, double proche de l’auteur – l’atelier est celui de Rodin – brosse le portrait de ce nu de vieille femme. Celle-ci reste complètement inerte à l’exception des yeux, qui tout à coup se mettent à pleurer deux grosses larmes sur la nudité de ce corps supplicié ». Et le narrateur de conclure Elle pleura longtemps, sans bouger. Et il n’y avait de vivant en elle que ces larmes, qui versaient, goutte à goutte, sur le viol brutal de sa pudeur, les souffrances infinies de son âme inviolée. t. i, p. 148 39 Dans Le Modèle » [t. i, p. 1103-1109], Maupassant s’intéresse à la vie manquée du peintre donc d ... 28Tout entier fondé sur l’empathie et ce que Stendhal appelait la voie humide », voilà donc un conte qui en appelle à la pitié, et donc pas plus cynique que cruel39. Or le cynisme poétique, comme le cynisme philosophique, ne saurait être intermittent ou contingent. 40 Op. cit., passim. 29Un dernier trait enfin éloigne Mirbeau du cynisme. Ainsi que le montre encore Jean-François Louette40, le cynique exprime une inquiétude ou une angoisse sur le sens de l’art, au point d’ aboyer » contre lui notamment chez les modernes. Non qu’il s’agisse ici d’art manqué ou fourvoyé, mais du statut de l’art en général. Sur ce point, force est de constater que Mirbeau, l’homme et l’artiste, est aux antipodes du cynisme, lui le héraut de tous les combats esthétiques ». Et il s’oppose encore une fois à Maupassant, chez qui l’homme, sinon l’artiste, est volontiers cynique, comme si l’art littéraire servait d’exutoire à l’impassibilité d’un homme qui croit bien peu au sens et à la valeur » de ce qu’il fait 41 Guy de Maupassant, Correspondance, citée par Pierre Michel, Mirbeau et Maupassant », art. cité, n ... Je passe les deux tiers de mon temps à m’ennuyer profondément. J’occupe le troisième tiers à écrire des lignes que je vends le plus cher possible en me désolant de faire un métier abominable... Je suis incapable d’aimer vraiment mon art. Je le juge trop, je l’analyse trop. Je sens trop combien est relative la valeur des idées, des mots et de l’intelligence la plus puissante. Je ne puis m’empêcher de mépriser la pensée, tant elle est faible, et la femme, tant elle est incomplète41. 42 Octave Mirbeau, Lettre à Camille Pissarro, 8 ou 9 janvier 1892, Correspondance générale, t. ii, éd. ... 30Voilà une déclaration profondément cynique qui ne saurait se trouver sous la plume de Mirbeau. Même s’il faut toujours accueillir avec prudence ce genre de déclaration, celle-ci corrobore la vive émotion, éprouvée par contrecoup lorsque Mirbeau apprend la mort de son aîné Et jamais Maupassant n’a rien aimé, ni son art, ni une fleur, ni rien42 ! » C’est que Mirbeau le tendre, le violent et parfois le cruel, ne saurait décidément comprendre ni partager le détachement cynique. 31Ainsi la cruauté, à la différence du cynisme, pourrait se définir comme une élaboration esthétique raffinée ; et la transposition, sur le plan du symbolique, de ce qui trouve sans doute sa source sur le plan pulsionnel ou libidinal, donc intime. Elle offre ainsi une jouissance compensatoire à des écrivains écorchés vifs, puisqu’elle parvient à convertir sur le plan de l’art ce qui est d’abord source de souffrance – pour l’auteur comme pour les lecteurs qui savent se reconnaître en lui ce qui n’a rien à voir avec le masochisme, mais bien en revanche avec l’ironie et la mélancolie. En somme, quand le cynisme se place du côté de la monstration provocatrice, la cruauté se situe plutôt du côté de la suggestion, de l’insinuation et du trouble. D’essence moderne en tant que phénomène esthétique, elle prend les lecteurs à rebrousse-poil, alors que toute la tradition rhétorique visait à se concilier les auditeurs ou lecteurs, et à susciter leur bienveillance ce que la rhétorique latine nommait mores les mœurs. Car si le cynisme choque les mœurs, il se manifeste par une attitude et des actes avant de se traduire en paroles, et sa transposition sur le plan poétique est le fait d’un tournant moderne. Mais là où le cynisme se conçoit comme passage à un deuxième niveau où il se récuse lui-même – la poétique cynique contre le cynisme social – la cruauté est une, puisque nous en avons exclu, sous l’autorité fondatrice de Villiers, ce qui concerne seulement l’agir humain, sans parler des circonstances de la vie ou de la condition humaine. 43 J’avais naguère opposé pour finir une cruauté noire » de Mirbeau à la cruauté rouge » de Villie ... 32Peintre anticynique du cynisme, se cachant sous les allures contradictoires d’un cynique compatissant, toujours sombre et parfois sombrement cruel43, Mirbeau représente donc un cas singulier dans la mesure où il oscille entre des postures esthétiques difficilement compatibles. Preuve s’il en est d’un artiste toujours en quête de sa propre voix. Avec des mérites propres, plus moderne esthétiquement que Maupassant, mais sans doute moins inventif sur la voie cruelle que Villiers et Bloy, Mirbeau n’est pas pour autant un conteur plus doué, ni un meilleur écrivain que l’auteur de Boule de suif. Celui-ci a pour lui la variété des tons et des sujets – souvent tout aussi scabreux pour l’époque – et la faconde du conteur qui sait trousser des histoires et renouveler l’art du récit bref en imaginant des histoires dignes d’intérêt à partir de l’apparente banalité des destinées ordinaires. Chez Mirbeau, sous le signe unique de la couleur noire comme sa colère et à l’occasion comme son rire, on pourra préférer les contes cruels – faits pour inquiéter – , même si ce ne sont pas ceux qui frappent le plus fort ; ou bien, tout au contraire, ceux dont la force rageuse résonne jusque dans notre présent. Haut de page Notes 1 Sur les distances de Mirbeau à l’égard de l’école naturaliste, voir par exemple Pierre Michel, Mirbeau et Maupassant », L’Angélus, n° 18, 2009, p. 26-40. Voir aussi Pierre Michel, Le matérialisme de Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, n° 4, 1997, p. 292-312. 2 L’indéfectible idéalisme de tempérament de Mirbeau n’est pas en cause, qui revient constamment sous la plume des critiques et biographes voir Pierre Michel et Jean-François Nivet, Octave Mirbeau, l’imprécateur au cœur fidèle, Paris, Séguier, 1990, passim, ou, encore de Pierre Michel, Lucidité, désespoir, écriture, Société Octave Mirbeau-Presses de l’Université d’Angers, 2001. 3 Je n’entre pas ici dans la distinction entre conte et nouvelle. Qu’il suffise de rappeler que le terme de conte » est préféré par Mirbeau et qu’il est imposé par l’expression même de contes cruels ». Sur ce point, on lira la description très claire – mais en partie contestable et imprudemment essentialiste – d’Yves-Alain Favre, Mirbeau et l’art de la nouvelle », dans Octave Mirbeau, Actes du colloque d’Angers du 19 au 22 septembre 1991, Presses de l’Université d’Angers, 1992, p. 343-349. Je me permets également de renvoyer à mes tentatives de problématisation d’un brouillage volontaire au xixe siècle – et partant doué de sens –, dans Villiers de l’Isle-Adam et la poétique de la nouvelle, ou comment lire les Contes cruels ? », juillet-août 1998/4, p. 570-582, et dans Poète, même en prose, Presses Universitaires de Vincennes, L’Imaginaire du texte », 2010, p. 352-363. 4 Je me situe ici très précisément dans la lignée des travaux de Jean Decottignies, et en particulier de Bloy et Villiers de l'Isle-Adam ou l'intelligence du symbolique », L'Herne, Cahier Léon Bloy, Michel Arveiller et Pierre Glaudes dir., n˚ 55, 1988, p. 368-374. 5 Mirbeau partage avec Maupassant, outre le fait d’être reconnu et une plume recherchée – et fort bien payée –, un certain nombre de traits qui ont été déjà relevés, auxquels il faut ajouter une écriture de type réaliste, même si cette appréciation devra être nuancée pour Mirbeau. Les différences ont été également soulignées d’abord le sentiment de l’existence plus tragique et douloureux encore chez Mirbeau, véritable chercheur de tares » monomane ce que n’est pas Maupassant ; ensuite et surtout, le caractère didactique et polémique marqué politiquement des contes de Mirbeau, lequel est impensable chez Maupassant. Voir en particulier A. Dubeux, cité par Jean-François Nivet et Pierre Michel, Octave Mirbeau, l’imprécateur au cœur fidèle, Séguier, 1990, p. 251. 6 Octave Mirbeau, Contes cruels, éd. Pierre Michel et Jean-François Nivet, Séguier, 1990, 2 vol. Voir aussi la préface, t. i, p. 30-31. Toutes les références aux contes de Mirbeau renvoient à cette édition, dont ne seront précisés que le tome et la page. 7 Clément Rosset, Le Principe de cruauté, Paris, Minuit, 1988, p. 17-18. 8 Jacques Hassoun, La Cruauté mélancolique [1995], Paris, Flammarion, Champs », 1997, p. 78. 9 Ainsi, La mort du chien » i, p. 292-298 met en scène la vindicte d’un notaire contre un chien recueilli, sous le fallacieux prétexte qu’il pourrait être enragé, et celui-ci est finalement exécuté par le garde-champêtre, avec l’accord ou la lâche complicité de tous Et il ajusta le chien, le pauvre chien, le lamentable chien qui avait délaissé son os, regardait la foule de son œil doux et craintif, et ne paraissait pas se douter de ce que tout le monde voulait de lui. » i, p. 296 La fin du conte narre le long et poignant supplice du chien agonisant. Le personnage éponyme de Mon oncle » est un massacreur de chats – par manie – i, p. 305-307, comme Le petit gardeur de vaches » prend plaisir à les torturer i, p. 334-339. Dans Pauvre Tom » t. ii, p. 38-45, le narrateur finit par exécuter son chien vieux et fidèle, par lâcheté à l’égard de sa maîtresse qui ne le supporte pas, et qui éprouve une jouissance perverse – telle Clara du Jardin des supplices dont elle porte le prénom – à se faire conter ensuite les détails de l’exécution. 10 Guy de Maupassant, Contes et nouvelles, éd. Louis Forestier, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade », 1974 et 1979, 2 vol. ici t. i, p. 1030-1034. Toutes les références aux contes de Maupassant renvoient à cette édition, dont ne seront précisés que le tome et la page. 11 Et une haine grandissait en son esprit confus d’enfant, une haine de paysan rapace, de paysan sournois, féroce, brutal et lâche. » Coco », t. i, p. 1149-1152. Maupassant ne stigmatise pas pour autant les paysans en général il fait servir à son portrait l’image d’un type paysan qu’il s’emploie à brosser avec exactitude. Les caractérisations morales, très négatives il est vrai, ne sont que la conséquence de ce parti pris. On trouverait également dans son œuvre des contre-exemples de vertus paysannes. C’est ce qui permet à Pierre Cogny d’écrire, au prix d’un paradoxe judicieux Dans la galerie si variée de ses personnages, ses préférés sont les paysans, dont il se sent proche à beaucoup d’égards. C’est donc pour eux qu’il se montrera le plus féroce. » Maupassant l’homme sans Dieu, Paris, La Renaissance du livre, 1968, p. 109. 12 Voir sur ce point Florence Goyet, La Nouvelle, Paris, PUF, Écriture », 1993, p. 91-105. 13 Cahiers Octave Mirbeau, n° 3, 1996. 14 Dans cette perspective, on pourra lire le très beau travail de recherche inédit – même s’il porte sur le corpus romanesque – d’Anne de Maupéou, La Cruauté en questions dans l’œuvre d’Octave Mirbeau, Bernard dir., mémoire de 3e année, IEP, de Grenoble, 1992, 124 p. 15 Journal, 1er janvier 1907. Paul-Henri Bourrelier analyse le même trait dans l’œuvre critique de Mirbeau […] l’exagération qui rendait éclatant l’humour des textes de Mirbeau a été appréciée par ceux, qui, comme Blum ou Bonnard, percevaient la sensibilité sous-jacente la tendresse, la générosité, l’excès distinguent l’humour de l’ironie, qui exige la sobriété ; et l’on voit bien la différence avec Gide, maître de l’ironie, qui éprouvait une sorte de rejet pour l’exubérance combative de Mirbeau ». Voir Mirbeau, La Revue blanche et les nabis », dans Octave Mirbeau, Actes du colloque d’Angers du 19 au 22 septembre 1991, Presses de l’Université d’Angers, 1992, p. 150. 16 Dans Octave Mirbeau le cynique », Pierre Michel se demande si l’auteur de Dingo ne va pas jusqu’à faire le constat de la vanité de son propre combat d’écrivain novateur, soucieux de changer le regard de ses contemporains et d’éveiller leur conscience ». Voir Mirbeau. Sartre écrivain », Dix-neuf/vingt, n° 10, 2000, p. 21. 17 Mais dans le texte qui suit, Le petit mendiant » t. i, p. 173-177, la même Renaude chasse un autre paria, se montrant cette fois la pure représentante de la société qui l’a elle-même condamnée. Ainsi va le mal social selon Mirbeau, qui évite ainsi tout manichéisme et tout figement des positions. Et le narrateur fait preuve cette fois d’une réelle empathie. 18 Un hobereau a marchandé une accorte jeunesse pour en faire sa servante. Il la met dans son lit et celle-ci se trouve enceinte. Il décide alors de s’en séparer en la vendant – en justes noces – au prix d’une dot, laquelle est âprement marchandée par le mauvais sujet pressenti pour l’affaire. Mais la servante s’est éprise de lui, elle se désespère de cet abandon et finit par mourir de chagrin. La morale de l’histoire et non celle de Maupassant qui n’en formule pas est tirée en deux temps par le hobereau narrateur, qui en a éprouvé bien du tracas 1° il est des femmes aussi sentimentales que certaines chiennes qui ne supportent pas davantage d’être séparées de leur maître ; 2° le mot de la fin Tout ce que vous voudrez, mais des femmes comme ça, il n’en faut pas. » 19 Une jeune paysanne finit par consentir à une rigolade » avec un cocher de diligence, et elle devient grosse… pour économiser le prix de la course bihebdomadaire. Lui cachant son état, elle suppute l’économie réalisée pendant les mois à venir, s’il avait fallu payer double. Le raisonnement réconcilie la fille avec sa mère, qui l’avait battue comme plâtre en apprenant la nouvelle. 20 Voir Léon Bloy, Histoires désobligeantes, éd. Pierre Glaudes, Paris-Genève, Slatkine, Fleuron », 1997 ; et Jean Decottignies, art. cité. 21 Mais il faut retenir la leçon de Baudelaire dans Fusées xviii, dans Journaux intimes Le mélange du grotesque et du tragique est agréable à l’esprit, comme les discordances aux oreilles blasées. » 22 Chez Villiers, la cruauté réside d’abord dans l’indécidable signification du titre – qui fait preuve de sentimentalisme, et qu’est-ce à dire ? –, laquelle suspend le conte sur une impossible résolution. On peut là encore filer la métaphore musicale. 23 Voir la remarquable édition de Guy Ducrey dans Romans fin de siècle, 1890-1900, Paris, Robert Laffont, Bouquins », 1999, p. 251-483. 24 J’avais alors vingt ans, et j’étais un jeune homme harmonieux et vigoureux. Je portais avec fierté ce que Catulle Mendès appelle la honte d’être beau » t. i, p. 513. 25 Plus largement, Mirbeau a retenu la leçon moderne du Baudelaire de Fusées dans ses ultimes implications Moi, je dis la volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l'homme et la femme savent, de naissance, que dans le mal se trouve toute volupté. » Et on trouve chez lui bien des exemples du démon de la perversité » au sens de Poe et de Baudelaire. Ainsi, dans Monsieur Joseph » t. i, p. 441-447, le narrateur enchérit pour un livre auquel il ne tient nullement, à seule fin de jouir de l’angoisse d’un autre enchérisseur pour qui ce livre a manifestement une valeur intime et symbolique irremplaçable. 26 Cela ne l’empêche pas de montrer avec ironie les vices sociaux des gens du monde, des petits bourgeois ou des paysans. Mais il reste précisément à distance, tandis que Mirbeau ne cesse de s’intéresser aux valeurs, qu’il les brouille ou au contraire qu’il joue les redresseurs de torts c’est son fameux donquichottisme. 27 Jean Decottignies, art. cité., p. 373. Il s’agit, en particulier par l’antiphrase, l’oxymore et la caricature de provoquer des atteintes concertées à l’ordre sémantique dont se prévaut notre sentiment de vérité » Créant entre les mots de nouveaux rapports, ces procédures instaurent un ordre différent qui, comme tel, mérite d’être appelé symbolique. Un ordre qui, au jugement du sens commun, doit passer pour pervers ; mais qui, à l’encontre de ce jugement, manifeste l’activité d’une certaine intelligence. Ce que j’appelle l’intelligence du symbolique n’est donc que la réaction de l’ironie à l’égard du code quotidien. Réaction en quelque sorte diabolique. » 28 Dans la même veine, on peut citer La Fée Dum Dum » t. ii, p. 374-378, texte repris dans la première partie du Jardin des supplices, dans lequel un officier anglais vante l’efficacité d’une nouvelle balle tueuse qui lui donne à rêver sur les merveilleux progrès » – dirait Voltaire – que permet d’espérer le perfectionnement des armes. 29 Publié dans Le Journal le 10 février 1895, le texte est une reprise de Vae soli » publié dans L’Écho de Paris du 3 septembre 1889 la proximité de la mort de Villiers qui venait de mourir et que Mirbeau admirait, la manière ironique qui rappelle Le Traitement du docteur Tristan » Contes cruels et jusqu’à l’amphibologie du titre, tout semble regarder du côté de Villiers le poète qui cultivait avec superbe la solitude du génie ne fut il pas aussi celui qui paya chèrement le prix de sa solitude ? 30 Cf. Villiers de l’Isle-Adam, Les Demoiselles de Bienfilâtre », Contes cruels, Œuvres Complètes, éd. Alan Raitt et Pierre-Georges Castex avec la collaboration de Jean-Marie Bellefroid, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade », 1986, t. i, p. 548 Et sa sœur, hélas, cette noble Henriette [prostituée comme sa cadette, qui a commis la “faute” de se déshonorer en tombant amoureuse, et en aimant gratis], qui maintenant pliait, comme on dit sous le fardeau ! Parfois, elle se prenait la tête dans les mais, doutant de tout, de la famille, des principes, de la Société même ! » 31 Si tout le xixe siècle bourgeois prône le mariage, il ne va pas jusqu’à en faire un objet de rêve ou de fantasme, sinon chez les jeunes filles. Nécessité de l’ordre social, il est ce qu’Émile Augier entend défendre comme le bonheur légal ». On mesure par contraste l’ironie de Mirbeau. 32 Villiers de l’Isle-Adam, Le Traitement du Docteur Tristan », Contes cruels, op. cit., t. i, p. 733. On pourrait aussi montrer que Mirbeau récrit à sa manière, en les renversant et en les banalisant exprès, les données du Désir d’être un homme » ibid., p. 657-665. 33 Par falsification », il faut entendre le principe qui consiste à mettre au jour et à révéler la fausseté des valeurs et institutions sociales. 34 Pierre Michel, art. cité, p. 12. 35 L’exemple d’école en serait fourni par Gavinard » t. ii, p. 273-280 Gavinard le fils – putatif – se fait reconnaître par un grand financier richissime, et jouit princièrement de sa fortune. Le père se trouvant ruiné, le fils demande au père de différer l’annonce de sa ruine après son riche mariage mondain. Et le père étant venu trouver le fils dans l’espoir de relever sa fortune, celui-ci le congédie sèchement ; et au mot de Mon fils ! », il réplique Votre fils ! […] En vérité ! Hé, monsieur, sais-je seulement si vous êtes mon père ?… » 36 Pierre Michel, art. cité, p. 12 sq. 37 Je dois cette analyse et les expressions notées entre guillemets à l’excellent Chiens de plume de Jean-François Louette, Neuchâtel, La Baconnière, 2011 ici, chap. v, Cynisme et modernité ». 38 Voir Octave Mirbeau, Combats esthétiques [recueil d’éditeur des critiques d’art parues dans la presse], Combats esthétiques, Séguier, 2 vol., éd. Pierre Michel et Jeab-François Nivet, Paris, Séguier, 1993. 39 Dans Le Modèle » [t. i, p. 1103-1109], Maupassant s’intéresse à la vie manquée du peintre donc de l’artiste maltraité et non, en dépit du titre, au personnage du modèle qui est la cause de cet échec. 40 Op. cit., passim. 41 Guy de Maupassant, Correspondance, citée par Pierre Michel, Mirbeau et Maupassant », art. cité, n. 39. 42 Octave Mirbeau, Lettre à Camille Pissarro, 8 ou 9 janvier 1892, Correspondance générale, t. ii, éd. Pierre Michel et Jean-François Nivet, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2005, p. 516. 43 J’avais naguère opposé pour finir une cruauté noire » de Mirbeau à la cruauté rouge » de Villiers Villiers de l’Isle-Adam et Octave Mirbeau. Celui qui croyait au ciel, et celui qui n’y croyait pas », Cahiers Octave Mirbeau, n° 9, 2002, p. de page Pour citer cet article Référence papier Bertrand Vibert, Mirbeau conteur cruel ? », Littératures, 64 2011, 73-93. Référence électronique Bertrand Vibert, Mirbeau conteur cruel ? », Littératures [En ligne], 64 2011, mis en ligne le 03 août 2016, consulté le 23 août 2022. URL ; DOI de page Auteur Bertrand VibertBertrand Vibert est professeur de littérature française à l’université Stendhal-Grenoble 3. Ses travaux portent principalement sur la fin du xixe siècle et le tournant du siècle, sur le rire et la mélancolie fin de siècle xixe siècle et xxe. Il a publié en 2010 un essai sur le conte symboliste, Poète, même en prose, aux P. U. de Vincennes et il dirige parallèlement l’édition critique de recueils de contes symbolistes aux ELLUG Grenoble.Articles du même auteur Haut de page

contes de la bécasse résumé de chaque chapitre